
Il faut veiller cependant à ne pas confondre cette enquête avec les émanations polymorphes des Conseils académiques des savoirs fondamentaux (CSAF) qui entrent en action dans certaines académies (Amiens, Lille, Strasbourg,… ) : dans ce cadre, des inspecteurs et inspectrices peuvent tenter d’imposer des formations, où des visites dans les classes et donner des injonctions pédagogiques problématiques.
Pourquoi une enquête ?
Arrivée au ministère de l’Éducation Nationale, Élisabeth Borne a diligenté une enquête de l’IGESR et de la DEPP (service statistiques du ministère) sur la mise en œuvre de groupes de besoins ainsi que ses effets sur la scolarité des élèves avec une cohorte suivie pendant deux ans. Le SNES-FSU a déjà dressé un bilan en fin de premier trimestre montrant une forte résistance au tri des élèves ainsi que la dégradation des conditions de travail et d’étude des personnels et des élèves. Dans les établissements appliquant la réforme au sens strict, nous avons reçu de nombreux retours de collègues en souffrance. Il est important que les résultats de l’enquête de l’IGESR reflète la réalité du terrain et donc que les personnels fassent remonter l’organisation de leurs établissements, quand bien même elle ne respecte pas l’arrêté de mars 2024, qui depuis a été annulé par le Conseil d’État.
Une ministre qui doute
La déroute des groupes de niveau a été récemment médiatisée dans un article édifiant du Monde, avec des groupes d’élèves faibles suivant le programme de CE2 plutôt que celui de Sixième ! Cet article décrit aussi une ministre moins convaincue de la réforme que ses prédécesseur·es. En témoigne sa réponse aux sénateurs le 11 février 2025 : « Quand on prend des élèves [en situation de handicap], des élèves allophones, des élèves qui sont plus faibles, et qu’on les regroupe (…), je ne suis pas sûre qu’on donne le maximum de chances aux élèves qui étaient les plus faibles de rattraper un jour les moyens et les bons ». Le SNES-FSU ne peut que conforter cette analyse même s’il regrette que ses alertes n’aient pas été entendues il y a un an. Il ne faut pas qu’une nouvelle cohorte de Sixième se retrouve trié scolairement.
Ces doutes se traduisent par le retard dans la publication du décret et de l’arrêté qui devaient réinstaurer les regroupements de niveau après l’annulation de l’arrêté de mars 2024 du conseil d’État. À ce jour (30 mars 2025), les textes ne sont pas publiés depuis leur passage au CSE le 30 janvier 25, et c’est l’arrêté qui organisait la rentrée 2023 qui s’applique donc pour la rentrée 2025.
Se saisir de l’enquête
Dans ce contexte, il ne faudrait pas que l’IGESR ne reçoive que des réponses de la part d’une hiérarchie parfois zélée ou des seul·es personnels favorables à la réforme. Il semble pertinent que tous les personnels puissent répondre en pointant les défauts et effets négatifs de la réforme. Dans certains collèges, il faudra peut-être même aller au devant de l’inspection pour ce faire.
Dans un contexte où les pressions managériales montent en puissance, il peut être intéressant de répondre de manière anonyme (ou collective) au questionnaire de l’enquête notamment en faisant un envoi groupé de l’ensemble des réponses, à l’occasion d’une heure mensuelle d’information syndicale.
Le SNES-FSU continue de demander l’abrogation de la réforme du « Choc des savoirs ». Les personnels sur le terrain peuvent aussi porter cette revendication. N’hésitez pas également à informer et solliciter votre section académique du SNES-FSU.